"Des tracteurs quand ils sont sur la route on les entend bien sûr, quand il y a des bêtes qui descendent de la montagne à pied c’est la fenêtre où on les voit le mieux. "

 "C’est la fenêtre de la chambre. Quand je me réveille le matin j’y jette un coup d’œil, voir quel temps il fait. C’est mon premier regard vers l’extérieur. Je vois, quand j’ai pas les volets fermés, le soir, certaines voitures, certains phares de voitures qui montent à la maison et en fond, la route et à un moment les phares rentrent dans la chambre.
Le laitier quand il monte à la maison, je le vois ou le voisin aussi ou ceux de la maison aussi. On voit des collines en face et après on voit les montagnes un peu plus loin.
La nature, le soleil qui est levé le matin quelquefois l’été, je ne sais pas, c’est calme tout en étant … quand on voit les voitures, bon c’est quand même vivant on se dit.
Il y a aussi des lumières des fermes d’Arette.
Les rideaux en dentelle c’est moi qui les ai mis. Toute la façade a les mêmes rideaux parce que bon je trouve que c’est plus joli pour la façade d’avoir une unité.

Quelquefois on entend des ânes mais depuis quelques temps je ne les entends plus, alors je ne sais pas s’ils y sont encore. J’entends aussi les brebis, parce que je connais le son lorsqu’elles sortent.

Le confinement change peut-être un peu les choses, il y a moins de monde qui vient nous voir, ou qui vient pour les fromages. Viennent des journées, là, où je ne parle à personne à part Jean Baptiste et Michel.
Mais, pour nous, ça ne change pas grand-chose pour le travail.

Le matin à 7h on fait un peu de toilette et déjeuner, c’est presque 8h moins le quart; là, si j’ai le fromage à faire, je vais en salle de fabrication me chercher du lait, voir où ils en sont pour la traite. Sinon, je fais la soupe ou de la cuisine. Et après, quelquefois, il y a des animaux dehors, je vais y donner un coup d’œil sans me fatiguer, je vais voir les veaux comment ils vont.
Le lendemain il faut enlever les fromages du saloir, les enlever du moule, aller laver les torchons.

En ce moment, je regarde peut-être plus la télévision mais c’est pas bon non plus parce que, à force, ce n’est pas terrible d’entendre toujours parler du confinement des gens qui s’envoient... Peut-être que ma génération, on ne se posait pas autant de questions, on acceptait beaucoup plus ce qui se passait. C’était comme ça et puis voilà, on avait une résilience. Je me souviens qu'on parlait de la grippe espagnole avant.

Maintenant personne ne surveille si je suis restée plus d’une journée au lit.
Je me rappelle une fois où j’avais eu de la température, c’était comme une grippe, quelque chose comme ça. Armand était alarmé: « Hé mais tu es au lit ? » Alors, je leur avais dit : « Laissez moi le plaisir d’être malade au lit ! »

Je n’ai pas peur. Certains aimeraient rajeunir de 30 ou de 40 ans, moi ça ne me dit rien ! Ouf! Tu sais, maintenant, on n’a plus d’envie... Mais ce qui m’a quand même... une dame de 98 ou 99 ans, elle a ses fils qui ne vont pas y être tu sais ça... ça me… Parce que quelquefois quand on rend hommage à quelqu’un pour faire le deuil, ça apaise un peu. Je pense à celles qui sont en maisons de retraite, qui ne comprennent pas bien ce qui se passe. Tandis que de leur caresser la main ça les calme ça les apaise.

 

 

Monique, Lanne en barétous, Pyrénées.

le 27 mars