"Pour moi, c’est fastoche : quand j’ai besoin, je sors, je vais voir l’âne"

" C’est la fenêtre de la cuisine.

Il y a plein d’oiseaux; d’habitude, je les entends entre 6h30 à 7h30 et après je pars travailler. 

Le confinement, c’est prendre du temps pour fabriquer de nouvelles choses, apporter quelque chose à ce qu’on appelle « la vraie vie », ce qui n’est pas vraiment la vraie vie à mon avis. 

 

En fait, c’est indécent de dire ça, mais ce confinement, c’est le bon moment pour se poser les bonnes questions : faut-il aller faire ses courses tous les jours, courir après le pognon…? C’est sûr que des proches vont sauter avec cette merde de covid machin, tout le monde va être malheureux. Malheureusement, les gens qui ne sont pas informés, ils sortent. De toutes façons quand tu vis dans 20m², qu’est-ce que tu veux faire? C’est une honte. 

On a tout cassé : l’éducation, la médecine...le scandale des masques et des tests, c’est que personne n’a vérifié où on en était. Et ce « personne » il n’est pas payé au SMIC !

C’est toujours aux pauvres qu’on ne donne pas le bon message et en plus on les verbalise ! C’est une honte. 

C’est pire que la guerre. La guerre, au moins, tu te bats pour une cause, mais là, on envoie des gens sauver le monde pour mourir. On va faire comment quand les médecins seront morts ?

 

Alors oui, pour moi, c’est fastoche : quand j’ai besoin, je sors, je vais voir l’âne.

Cette fenêtre, je la regarde tous les matins, je regarde si les ânes viennent nous voir, s’ils ont soif, faim, si le voisin a ouvert ses fenêtres. C’est le moment où je prends le petit dej’ avec ma chérie. On voit les pruniers en fleurs, s’il a gelé, on voit la brume sous les pommiers.

 

Là, il y a l’âne Pompon qui est couché, il s’approche, il dit « Chouette, je vais avoir des granulés ».

La vie des ânes c’est de prendre le temps. Ils te remettent dans le « bon temps ». Quand tu les as ignorés pendant un mois et que tu n’as pas pris le temps, ils te disent « Vas y ! Cours moi après ! ». Alors, tu t'assois, tu les regardes, tu ralentis...

 

Sur le bord de la fenêtre, il y a des orchidées. J’aime bien ces fleurs, elles fleurissent à l’envers des autres, elles n’ont pas besoin de l’humain pour fonctionner et souvent ce sont des cadeaux, ça rappelle les gens. Si elles meurent, c’est pas grave, on les laisse et on se dit qu’elle reprendront peut-être. Elles se mettent en repos. Dans notre société dès qu’on voit quelque chose de mort, on jette. Mais tout n’est pas rationalité, pour faire fleurir les chrysanthèmes, il faut les faire souffrir, parce que si la plante voit qu’elle va mourir, elle essaye de se reproduire et fait une fleur. Il ne faut pas croire que les plantes font des fleurs pour nos beaux yeux ! On a oublié tout ça, l’être humain veut toujours tout gérer : quand il faut vivre, mourir, quand il faut être heureux… "

Antoine, Le marais Vernier, Le Clairval.

le 1 avril