"il n’y a pratiquement plus personne et tu vois, tu regardes les choses exactement, les unes après les autres."

"J’ai vécu a plein d’étages différents, plus je monte et plus j’aime.
C’est la Madeleine de Proust : il y a des années, j’allais chez ma grand-mère qui habitait au 7ème étage d'un immeuble, sur une butte à Paris, on dominait la Ville. Et je me rappelle qu’avec mon frère, on restait des heures à regarder. On avait le sentiment que la ville nous appartenait.

En ce moment, je regarde différemment. Les gens sont souvent seuls, ce sont des vieilles personnes, il n’y a plus d’enfant, plus de parent. Je finis par reconnaître les personnes qui passent. Certains ont gardé leurs habitudes. Les gens sont encore hyper réglés.
Avant, je ne regardais pas tellement les passants de ma fenêtre.
Mais là, il n’y a pratiquement plus personne et tu vois, tu regardes les choses exactement, les unes après les autres.

Tu vois la ville comme tu ne l’as jamais vue. C’est un peu comme un paysage enneigé, tout d’un coup, tout a changé dans l’atmosphère. La ville est douce, un peu anesthésiée, de fait.
D’habitude je vois les gens, maintenant je les regarde, je suis en apesanteur: attaché à la pesanteur terrestre, mais flottant. La relation avec le sol est bizarre.
"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yves, Clichy-La-Garenne.

le 21 mars