"Cette fenêtre, je ne la regarde jamais...La vue est simple, mais je la découvrais."

"C’est la fenêtre de la « 4ème chambre »…. En ce moment c’est mon bureau… et c’est aussi « l’atelier abdos ».

Habituellement, quand j’ouvre la fenêtre, j’entends les oiseaux, les voitures au loin et puis la vie dans le lotissement. Aujourd’hui, on entend une vie de jardins.

Ça n’est jamais arrivé de voir autant de gens dans les jardins, en train de jouer, de s’amuser avec les enfants.

La vie se rétrécit, les gens sont sur eux-même. De voir les voisins qui jouaient tous les 4 sur leur terrasse, avec les enfants, c'était touchant, ça fait une belle famille. On se construit autre chose.
Je pense que je sortirai changée de ça. Peut-être que demain, je savourerai davantage les choses basiques de la vie. Si on en sort indemne, ce sera fabuleux et j’espère que je n’oublierai pas.

Cette fenêtre, je ne la regarde jamais. Là, j’étais allongée sur le sol, sur mon tapis, je faisais mes abdos... et j’avais ce ciel. La vue est simple, mais je la découvrais.
J’aimais voir ça, je ne prends jamais le temps de penser à ma vie, à ce qui m’importe, à ce que j’aurais envie de changer.
Je ne suis jamais dans cette position, d’habitude, allongée au sol à faire des abdos !

Le ciel est couvert mais il y a un petit passage de lumière, j’aimais bien cette envie qu’avait le soleil de percer.

Ça m’a fait penser au monde, couvert, oppressant et cette lumière, c’était ce à quoi je m'accrochais.

Le monde à hauteur d’oeil, c’est le quotidien, c’est la vie normale, identique d’un jour à l’autre. Cette vue, je ne l’avais jamais regardée. Elle avait ce côté exceptionnel, nouveau, qui correspond à une vie temporaire, comme suspendue."

 

Céline, Tancarville.

le 22 mars