" Je pars dans mes balades, je me souviens des anciens noms de rue, je circule. "

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" C’est la fenêtre de mon bureau, au premier étage. J’y suis tous les jours. J’ai tout mon travail ici. C’est comme ce que j’avais quand je travaillais aux Archives… Je pense que j’y passe au moins 5 heures par jour. Si j’avais un frigidaire dans cette pièce, j’y passerais encore plus de temps ! J’ai de l’espace même avec toutes les bibliothèques.
C’est ma pièce, ma femme s’occupe de toutes les autres mais moi, je m’occupe de mon bureau. Enfin, je m’occupe aussi des autres...
Il y a 1 bureau et 5 bibliothèques, je me suis débarrassé de 5000 livres récemment, mais il m’en reste 2000.

Mon bureau est face au mur et quand je tourne la tête, je vois ce paysage. Je me tourne souvent, ça fait une pause parce que je suis tout le temps sur l’ordinateur.
Il m’arrive aussi souvent de me mettre devant la fenêtre, à la rambarde et je pense à toutes les balades que j’ai faites au Havre. Ça me suffit. Le confinement ne me gêne pas. Je pars dans mes balades, je me souviens des anciens noms de rue, je circule. J’ai arpenté cette ville de long en large. Je suis un « imbécile heureux », je me contente de ce que je fais… Ce pourrait être l’épitaphe sur ma tombe : « Ci-gît l’imbécile heureux ».
Au plus loin, je vois la flèche du Pont de Normandie, je vois un tout petit HLM, mais en fait mon regard ne porte pas loin. Il reste devant : magnolias, cerisiers, chats qui passent, oiseaux qui nichent... Ce sont des petits pavillons, c’est sympa.

Ce qui me manque, ce sont les enfants qui jouent. Habituellement je les entends le mercredi, samedi et dimanche. Eux aussi sont confinés, je ne comprends pas pourquoi ils ne sortent pas.

Sinon, j’écoute de la musique : Piaf, les Beatles, du Hard rock - parfois- des chansons des années 20’...Pour le reste, le confinement ne m’angoisse pas. Moi, je suis solitaire/solidaire. Je pose toujours des questions, je suis trop avec les gens, alors j’ai besoin de solitude. Je ne m’ennuie jamais tout seul. Les salles d’attente par exemple, ça ne me gêne pas du tout, je suis bien, tranquille.

Avec moi, il y a la chatte. Elle est vieille, elle dort tranquillement sur son coussin, vient chercher une caresse de temps en temps, mais elle est très indépendante, alors elle ne me gêne pas.

Dans ma pièce ça sent les vieux livres. "

Laurent, Le havre, passage Lacorne.

le 24 mars