"Je regardais toujours au loin... jamais là où il fallait."

« C’est la fenêtre de la salle.
En ce moment, je passe mon temps entre le balcon et le canapé. Evidemment, je ne sors pas beaucoup. Je regarde passer les gens devant chez moi, personne ne s’arrête, juste ceux que je connais qui me font « tantôt » quand ils vont faire leur courses. Moi, je sors le matin, je vais chercher mon pain. Je me préserve quand même, je n’ai pas peur, mais je me méfie. Quand tu vois les réanimations, c’est pas triste.

C’est à cette fenêtre que je suis le plus souvent, même en temps normal, je n’ai jamais été trop dans les chambres, je ne suis pas la fille à rester toute la journée dans mon lit ; dès que je suis réveillée, il faut que je sorte. Avec ma mère, on n’avait pas le droit de rester dans les chambres. Dès que le ménage était fait, il fallait sortir, c’était du bois ciré, il ne fallait pas le salir, on marchait avec des patins et chaussons de feutre, je sais pas si tu vois !
Quand j’ai eu des enfants, ils pouvaient aller dans leur chambre, mais ils préféraient rester à jouer à côté de moi dans la salle. Gamine, j’aurais aimé pouvoir rester dans ma chambre, il n’y avait pas d’ambiance tellement sympa à la maison.

La fenêtre, elle me permet de passer sur le balcon, je prends un siège, je lis, je fais mes mots croisés, je rentre quand il fait très chaud. Je soulève un peu le rideau pour passer. C’est important les rideaux, ça habille une maison, les fenêtres sans rideau c’est triste. Le balcon, en temps normal, j’y vais moins, de toutes façons, tous les après-midis, je ne suis pas à la maison, j’ai toujours quelque chose à faire. Quand on est tout seul, l’appartement, on n’a pas envie d’y rester, ça semble long. Et marcher dehors, ça m’évade.

De la cuisine, je vois au loin les terres qui sont labourées. J’aime bien voir loin, ça m’évade la campagne, ça a toujours été. Je regardais toujours au loin, jamais là où il fallait. Du moment où je vois un coin de campagne, ça me fait du bien. La fille de la ville qui aime bien la campagne...

De ce côté, je vois le tram, les petites maisons, mais je ne m’en occupe pas, ce n’est pas joli. J’arrive, dans un paysage, à ne pas regarder quand je n’aime pas.

On ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup de sons, parfois la cloche du tram selon le vent. Le soir, j’entends le hibou dans la forêt. Les mouettes, c’est parce qu’il y a des gens qui jettent du pain par la fenêtre, c’est dans ces moments-là qu’on les entend le plus. Dans la journée, ça ne me gêne pas, mais à 6h le matin...

Avec le confinement, j’ai eu envie d’être confortable, mon problème, c’est que j’ai des grands meubles, alors je ne peux pas trop les bouger. J’ai juste changé le canapé de sens pour pouvoir regarder la télé allongée. Je me suis calé des oreillers dans le dos. J’y avais pensé et puis ça m’était passé ; là, c’est resté !

Le confinement, c’est la télé et le balcon. Qu’est-ce que tu veux faire sur un balcon ! Je bronze automatiquement. Je suis au deuxième, je ne me vois pas en maillot de bain, je n’ai jamais été la fille qui se mettait beaucoup en maillot de bain ; chez moi, je me mets en jupe. Dès que je sors je remets un pantalon. Un coup de vent c’est vite arrivé. Ça m’est arrivé quand j’étais jeune fille, ça m’a traumatisée !»

Marie-Claude, rue du Montlecomte, Le Havre

Le 7 avril