"Depuis le confinement, j’ai découvert un coq dans le quartier."

« C’est la fenêtre de la salle à manger. Je m’y mets l’après midi. Depuis le confinement, j’ai découvert un coq dans le quartier, on ne l’avait jamais entendu, il n’arrête pas, toute la journée, même là, avec le déconfinement, je continue à l’entendre. Je l’ai cherché en promenant mon chien, ça a été un objet de balade, je me promène dans les petites rues pour le trouver, mais pour l’instant, je ne sais pas exactement où il est… Je suis archi-contente de l’entendre. J’ai toujours aimé la campagne..., quand je vois les parisiens qui portent plainte pour ça !

Je ferme les yeux, je pense à la campagne, à mon fils qui est à Gonneville, il a des poules. C’est le moment où je me mets à pleurer. C’est mon fils aîné, il venait deux fois la semaine. Ça va faire 4 mois que je ne l’ai pas vu ! Un mois avant, il a eu un accident. Demain, je vais lui rendre visite.

On lui amène une tondeuse, en même temps on va fêter son anniversaire, je vais amener les chocolats de Pâques...

 

En bas de chez moi, j’ai un parc de jeux, il est fermé en ce moment. En temps normal, j’adore regarder les gosses jouer à araignée, au toboggan… et je regarde le boulodrome, j’ai perdu mon père en 2013, on venait souvent jouer ici, je pense à lui.

 

Je prends souvent des photos de « Chicago » pour avoir un souvenir pour mes petits-enfants. Quand je me mets à la fenêtre le soir, j’ai l’impression de voir de la lumière. Parfois je passe par là, j’ai peur, j’entends des hommes parler. Mais j’y vais avec mon chien… Imaginer qu’il n’y aura plus rien, quand ça va tomber, ça va me faire un trou, c’est un peu de mon enfance, un peu de mon quartier qui partent. C’est sûr qu’il fallait le faire. Moi, quand mon immeuble est tombé, j’ai hurlé, j’ai pleuré, on avait tellement de souvenirs. C’est une partie de ma vie qui partait. A la place, c’est un hôtel. Maintenant, apparemment, ils aimeraient que notre immeuble tombe pour continuer à installer des concessionnaires…

 

 

Au loin, j’aime bien voir les cheminées, les lumières, le port, les Neiges, les engins portuaires. Avec le confinement, on entendait beaucoup plus les bruits du port : le bipbip des gars qui continuaient à travailler, les contenairs qui tombent. Il y a aussi ma maison, enfin, la maison de ma mère.

J’y suis beaucoup quand je fume ma cigarette. Ce que j’aime le plus c’est le Pont de Normandie, on voit plein de petits points blancs qui avancent : le toit des camions et le soleil qui se reflète.

Et puis si je regarde plus près, je vois ma petite-fille dans la cour de l’école Charles Perrault. En ce moment, c’est plus calme. Mais je continue à aller à la fenêtre, même plus, j’aime bien regarder les gens, je surveille... »

 

 

Christine, le 15 mai

rue Pressensé, Le Havre