"C’est engageant, ça donne envie de la rencontrer cette personne."

« Depuis le confinement, c’est une fenêtre devant laquelle je passe régulièrement lors de mes sorties. La personne qui habite ce lieu, que je ne connais absolument pas, installe un décor différent tous les jours à cette fenêtre, fenêtre qui est ouverte depuis le début, quelque soit le temps. Je trouve ça poétique. On est passé du poisson d’avril à Pâques avec tous les jours une note d’humour. Je fais mon trajet en fonction de cette fenêtre.

Il y a la fenêtre en tant que telle, un pan de pierre avec un arrondi, et il y a ce message qu’elle délivre. J’imagine qu’elle appartient à une dame.

Cette fenêtre, je ne sais pas, j’avais besoin d’extérieur sans doute. Je trouve chouette l’initiative de cette dame, parler de sa fenêtre, c’est une façon de lui rendre un peu hommage, c’est aussi l’humour, c’est chouette l’humour dans ces moments difficiles. Cette fenêtre est grande ouverte sur son intérieur. Je ne suis pas tombée sur elle, je ne l’ai jamais croisée, il faudra que je sonne un jour. C’est engageant, ça donne envie de la rencontrer cette personne. Avec ses histoires de petits pots, je vois ses pousses qui vont grandir, c’est la métaphore autour de la plante.

 

C’est une maison du quartier, j’essaie d’aller marcher sur le temps autorisé et sur le trajet des petits commerces que je rejoins régulièrement. Je l’ai remarquée uniquement depuis le confinement.

Les sorties, ce sont des respirations, des marches, de l’air, des sons d’oiseaux avec le printemps; pour le coup, j’en ai besoin, parce que ça n’est pas facile le confinement : je suis en télétravail, alors,  je suis toujours enfermée. Ce sont des bulles d’air. J’y vais souvent en fin d’après-midi ou des fois, entre midi et deux parce que j’ai besoin de quelque chose pour manger.

 

Le fait de télétravailler, d’amener le travail à la maison, de mélanger les deux, ça a changé mon rapport à l’espace.

Je travaille beaucoup, je me suis même aperçue que la maison qui était devenue par la force des choses le bureau, je ne la voyais plus comme une maison quand j’étais en temps de travail ; c’est comme si le lieu changeait parce que je suis rivée devant un micro ou devant le téléphone.

 

Chez moi, c’est une maison de ville, j’ai une vue sur une petite cour, je prête plus attention à ce qui se passe, j’ai tout le loisir d’observer le chat, les oiseaux et peut-être plus le temps de voir pousser la pelouse. On l’a semée avant le confinement. Je ne m’occupe pas du jardin, mais j’aime bien regarder dehors : les fleurs, le chat... ça n’a pas beaucoup changé.

 

J’ai vachement envie de sortir de la contrainte liée à l’impossibilité de sortir, c’est une atteinte à une liberté fondamentale d’aller voir les gens qu’on a envie. J’ai une grande envie de sortir, de pouvoir inviter parce que les apéros skype ça n’est pas pareil. Ce qui a changé dans mon espace c’est que je me suis trouvé des espaces dans la maison, j’ai besoin de me dépenser donc j’ai déterminé des lieux.

J’ai beaucoup de chance d’être dans une maison que nous avons pris le temps d’aménager, je me rends compte que c’est hyper important. Être bien dans son espace de vie c’est important.

On a plus le temps de les regarder, de les aménager. Ça doit être pas mal d’être toujours face à du temps libre, on en rêve toujours, ça peut être intéressant de le vivre. »

 

 

Corinne, une rue, Bordeaux

Le 30 avril