"Ça me fait penser à ma fille à propos de mon petit-fils : « Il faut qu’il apprenne à s’ennuyer » "

« Quand je regarde cette fenêtre et cet arbre, j’ai l’impression de me trouver dans un pays tropical. Pour moi, c’est synonyme de sérénité, de tranquillité, j’ai l’impression d’avoir un poster en 3D devant les yeux.

A un moment, on avait une petite chatte qui allait souvent dedans; et puis, il y a des oiseaux. C'est beau parce que, Bordeaux, c’est assez minéral, et quand on est dans les jardins, on a l’impression d’être un peu ailleurs, dans la campagne en pleine ville.Au printemps, cet arbre est tout fleuri. Quand on est arrivés dans cette maison, l’arbre était tout petit. Ça bouge quand il y a une petite brise dans l’arbre, c’est très agréable, vivant.

C’est la fenêtre du salon, j’y suis surtout depuis le confinement, j’ai été aussi malade donc je suis souvent dans mon canapé à regarder dehors, je suis arrêtée depuis le 15 février.

La fenêtre est nord-est, en biais, le soleil rentre en passant en fin de matinée et après, il s’en va de plus en plus loin. Peut-être le désavantage de cet arbre, c’est qu’il prend beaucoup la lumière parce qu’il est très gros, il a beaucoup de branches, mais l’été, on est très contents, il fait très chaud. L’hiver, il n’a pas de feuilles donc on a la lumière.

On ne le trouve pas vraiment le soleil dans la maison, on sort pour le chercher.

 

Il y a le salon en haut, c’est une très grande chambre, mais on a des petites fenêtres parce qu’on ne pouvait pas mettre de grandes ouvertures, c’est classé, mais j’aurais rêvé d’une grande fenêtre rideau. Ça me rappelle, cette fenêtre, quand j’habitais chez mes parents, ils avaient collé une forêt sur un mur. Des fois, cet arbre, peut-être, me fait penser à ça.

 

Depuis le confinement, l’environnement sonore c’est surtout les oiseaux. On entend beaucoup plus les oiseaux, les enfants, les voisins.

J’ai le temps de me poser, d’écouter, je vois des choses que je ne vois pas habituellement, c’est une pause temporelle. Quand tu es dans le tourbillon de la vie, que du travailles, que tu es crevée le week-end, même si tu as les oiseaux dans le jardin, tu les entends beaucoup moins. C’est une certaine disponibilité dans ton corps et dans ta tête qui fait que tu regardes les choses différemment. Avant c’était le tourbillon, le truc à 100 %, tu fais tes courses à fond le week-end, tu es crevé le samedi et tu fais la sieste. C’est beaucoup de déplacements, tout le temps en mouvement. Et là, pof, on s’arrête, on regarde, on pense, on réfléchit, on se remet en question. On se rend compte qu’on peut faire plein de choses sans se déplacer comme des bargeots dans tous les sens, de faire du télétravail, des conférences sans prendre l’avion...

Tu pourrais te sentir heureux dans ton travail si tu ne te sentais pas pressé comme un citron, si on ne t’en demandais pas toujours plus. Dans ta vie personnelle, tu cours beaucoup aussi.

Cet arrêt et ce confinement m’ont fait prendre conscience, que plus jamais, ce qui se passait avant, je veux le revivre, je n’ai plus envie.

 

Je fais du yoga tous les vendredi soir, trois heures ; des fois je m’endormais. Un copain me disait : moi, je ne vais pas faire du yoga pour dormir. Je payais pour dormir !

 

Ça me fait penser à ma fille à propos de mon petit-fils : « Il faut qu’il apprenne à s’ennuyer ».

 

 

 

 

Corinne, rue Furtado, Bordeaux

Le 24 avril