"J’aime bien y être tôt le matin. C’est un endroit où ça me paraît évident d’être."

“C’est la fenêtre du salon. Je l’ai choisie parce que c’est la plus grande fenêtre de l’appartement et c’est celle qui donne sur l’espace du séjour et puis elle a des dimensions..., c’est une ouverture généreuse qui apporte plein de lumière.

 

Avant le confinement, je la regardais du couloir. Je ne prenais pas le temps de me poser à côté, même pour lire. Le confinement ça permet de faire des choses que j’aime bien faire en étant proche de la lumière .

 

La fenêtre, sa fonction c’est de montrer l’extérieur: si tu n’as pas de fenêtre sur une façade, tu n’as pas de rapport avec l’extérieur. C’est pas forcement pour voir de l’extérieur vers l’intérieur.

Là où je travaillais, ils ont fait des fenêtres très très grandes. Il y a des grandes plaques de verre collées entre-elles. Comme ils disent “spectaculaires” ! La fenêtre un peu commerciale. Quand tu regardes depuis l’extérieur tu vois tout ce qui se passe à l’intérieur et moi je ne me sentais pas bien du tout dans cet espace, tu n’as pas d’intimité même dans l’open space. C’est une architecture qui est à la mode je pense, il n’y a plus de distinction, … les limites sont effacées.

 

Alors, ma fenêtre c’est… vue sur les façades d’en face, c’est une vue très frontale, en même temps entre les deux tu as un espace important et elle apporte beaucoup de lumière. Elle donne sur l’artère principale et le port.

 

Elle est exposée ouest donc le soir tu as une belle lumière dans le salon. Elle n’est pas trop grande pour qu’on puisse avoir un peu d’intimité. Il y a une allège, on peut se poser dessus. Ce serait bien d’avoir un rideau parce que j’aime bien, ça filtre un peu la lumière. Peut-être qu’il manque un peu ça pour avoir vraiment de l’intimité.

 

Devant cette fenêtre, je m’y mets plutôt le soir, c’est là où on se retrouve le soir avec les collocs, c’est l’espace convivial. Là où il y a le canapé et où on peut prendre un verre.

La lumière elle peut rentrer, c’est à dire qu’il y a tout un côté du mur qui est ensoleillé; du coup, tu peux mettre le petit fauteuil et ouvrir complètement.

 

Le bruit, c’est rythmé, on entend des voitures qui passent très régulièrement en journée. Le midi tu vas plus entendre les gens sur les terrasses. Il y a pas mal de restaurants en bas, des cafés aussi, de l’animation, surtout l’été. Et puis on entend beaucoup les goélands. En ce moment il y a une atténuation des sons qui proviennent de l’homme, j’entends beaucoup plus le son des arbres avec le vent, la pluie.

 

J’aime bien y être tôt le matin. C’est un endroit où ça me paraît évident d’être, je ne me verrais pas ailleurs. Puis, quand la ville, quand la rue se réveillent, je commence à être un peu déconcentré : la fenêtre, c’est comme un appel vers l’extérieur.Toute la journée il y a pas mal d’activités, les bateaux qui déchargent les marchandises. Là on n’entend plus rien Je les vois mais je ne les entends plus. Les deux jours derniers il y avait un peu plus de vent, je le ressentais, ça me berçait un peu.

Il y a un resto à côté qui s’appelle Le Crabe Marteau.Je n’entends plus le bruit du marteau. On y mange du très bon tourteau, des tas de fruits de mer et on explose la carcasse avec un tablier et un marteau...ça je ne l’entends plus non plus…”

 

Paul, le 8 avril

Lorient