"Je n’ai pas envie qu’on me pose 36 questions si je sors, j’aime bien être libre de mes mouvements alors j’ai préféré ne pas sortir du tout. "

« C’est la fenêtre de ma salle. C’est celle à laquelle je me mets le plus souvent, surtout quand c’est ensoleillé. Je me pause des fois, mais pas si souvent. Je mets des fleurs sur mon balcon pour avoir de la gaieté et penser à autre chose, au jardin que je pourrais avoir et aux vacances en Bretagne. J’ai l’esprit qui vagabonde, par contre la vue... c’est déprimant, c’est pas ça qui va m’attirer à ma fenêtre. Le soleil me dit : « Viens Nathalie, sors… » mais ce n’est pas pour me mettre à la fenêtre, c’est pour sortir de l’immeuble, partir, aller voir la mer, la campagne, la forêt.

Alors, quand mon balcon est fleuri, je peux penser à autre chose et ça sent bon : le chèvrefeuille surtout, c’est tellement agréable, mais aussi la lavande, le freesia... Les odeurs, c’est important. Ça fait penser à la campagne, ça fait penser à l’ailleurs, ça fait voyager.

 

Le seul truc sympa de ma fenêtre, c’est que sur le côté, je peux voir les cheminées EDF. Je les regarde, surtout le soir, quand elles sont illuminées. Quelques fois, ça fait comme une surprise, elles changent de couleur. C’est bien de les avoir gardées comme ça depuis les 500 ans. Ça attire l’oeil, surtout si tu es en ville haute.

Je vois un phare qui est aux embarquements pour les ferrys qui partent à Southampton. Il est toujours éteint ce phare, c’est comme s’il était à l’abandon.

 

Ce que je vois, ça ne me permet pas de vagabonder, alors j’évite plutôt de regarder. Quand il y a le soleil, je regarde vers le ciel, mais avec l’envie de partir, de sortir. C’est l’esprit qui est voyageur, ce n’est pas ce que je vois.

 

La fenêtre, pour moi, ce n’est pas essentiel. Avant, quand j’habitais à Sainte Cécile, j’étais au dernier étage, je dominais toute la ville. Là, les fenêtres avaient beaucoup d’importance, on voyait jusque de l’autre côté de l’eau. Ça change vraiment la façon dont tu te sens dans ton logement les fenêtres. Ici je ne me sens pas très bien et c’est sûr que je me sentirais mieux avec une autre vue. Alors j’essaye de sortir au maximum.

 

Pendant le confinement, j’ai dû sortir une ou deux fois, pas plus, c’est mon mari qui fait les courses.

Ça ne m’a pas vraiment gênée. Quand je voyais le beau temps, je ne savais pas trop comment bouger, ça me gonflait un peu les autorisations, je n’étais pas à l’aise. J’ai eu le sentiment d’être en prison ! T’es barricadée chez toi, tu ne peux pas sortir. C’est le terme de confinement qui me gênait. C’est hyper stricte et sévère le mot « confinement »… On aurait pu avoir un terme qui nous permette un peu de relâche. Je n’ai pas envie qu’on me pose 36 questions si je sors, j’aime bien être libre de mes mouvements alors j’ai préféré ne pas sortir du tout. Ça a été long cette période.

On peut dire que j’ai suivi les consignes strictement. En plus, on n’avait pas de masque, j’avais peur de me faire attraper ou de rencontrer quelqu’un qui puisse me parler d’un peu trop près. Mon conjoint, lui, il travaille. Ils n’ont même pas de masque, une vulgaire visière en plastique, depuis 15 jours seulement !

 

Depuis le confinement, je vais tous les jours à la fenêtre quand il fait beau. C’est hyper calme, on entend les oiseaux, la nature reprend sa place. Ça évite aussi que les gens touchent à la nature. Pour ça, ça fait du bien.

Ça change un peu. Ce n’est pas que négatif. Tu entends plus les choses à l’extérieur, tu es plus attentif à l’extérieur. »

 

 

Nathalie, rue Ferrer, Le Havre

Le 7 mai