"Forcément, je regarde plus l’extérieur parce que j’ai plus de temps. Je comble l’ennui."

« C’est la fenêtre du salon. C’est là que je me mets le plus souvent. Il y a cette petite lumière posée devant la fenêtre, c’est une déco sympa, ça habillait bien le salon. En fait, on ne l’allume presque jamais…, c’était pour la photo !

 

C’est là ou on voit le plus de choses, l’évolution de la forêt, et puis, on fait nos curieuses, on regarde le jardin des voisins.

On se met là quand on s’ennuie. Je pense qu’on le fait tous un peu chacun de son côté, mais jamais tous ensemble ! Et quand on est à table, de la place où je suis assise, j’ai constamment cette vue.

J’ai surtout l’idée de l’évolution de la forêt. Ils ont coupé, replanté, depuis quelques années, elle a changé. On voit aussi l’évolution des des saisons. Au fil des jours on voyait qu’elle devenait plus verte, en temps normal, on n’y fait moins attention.

 

C’est super agréable, au réveil de voir ça. Ça va être un manque, on va vendre la maison.

Les fenêtres, ça ne limite pas, ça ouvre. On a toujours été habitué à vivre avec beaucoup de lumière. On a le sentiment d’être continuellement relié au dehors. Dans ma chambre, ça donne aussi sur la forêt, mais c’est une sous-pente, on voit moins. Ça peut m’arriver, si j’ai envie de réfléchir, de m’y installer. Je m’assois au bord de mon lit.

En ce moment, on n’entend pas beaucoup la circulation, même s’il y a toujours un bruit de fond et les oiseaux... Je pense qu’on a des nids dans les gouttières, on les entend constamment, le matin, c’est plutôt agaçant, ça nous réveille… la journée c’est agréable.

Avec le confinement, ce qui est compliqué, c’est le sentiment de ne pas être libre, de ne pas voir les gens qu’on aime, la famille surtout, c’est important pour nous. C’est le fait d’être restreint. Devoir avoir une autorisation, ça bloque, ça gâche le plaisir de la sortie spontanée. Je le comprends le confinement, on nous l’a bien expliqué, mais ce n’est pas si simple.

Forcément, je regarde plus l’extérieur parce que j’ai plus de temps.

Je comble l’ennui.

Voir du monde dehors, ça rassure : on n’a pas totalement arrêter de vivre. La Terre continue à avancer, il y a quand même quelque chose. Ce n’est pas la fin.

Avec tout ce qui s’est passé en 2020 : les feux en Australie, les rumeurs sur une troisième guerre... le confinement, c’est la cerise sur le gâteau. Ça pouvait avoir un côté fin du monde. Même si on s’attend à la deuxième vague, l’approche du déconfinement rassure un peu.

Il y a eu des choses pas mal pendant cette période : avec ma sœur, on fait une routine sport, ça nous permet de nous échapper, on fait aussi des pauses dans l’information pour se couper du malheur du monde !

Mais, je n’attends que ça la reprise, la routine, ne serait ce que de se lever, prendre les transports, faire des choses différentes dans la journée. C’est bien aussi pour la santé psychologique, ça ne suffit pas les fenêtres ! »

 

Hannah, rue des Abricotiers, Le Havre

Le 6 mai