"C’est le fouillis des arbres, c’est bien parce qu' on en a besoin, mais quand tu en as trop, tu ne vois pas la continuité des allées, tu ne vois pas le paysage, tu ne vois pas comment la ville est dessinée."

« C’est la fenêtre de la loggia qui donne sur ma salle. Je suis au 3ème étage, alors je n’ai pas une bonne vue. Ce qui est bien avec les vues en hauteur, c’est que c’est dégagé.

 

Je me mets à ma fenêtre quand j’ai un petit moment ou quand j’entends les flics et qu’il y a des courses poursuites… j’adore, c’est rigolo… tu vois la police foncer, foncer, et ils reviennent bredouilles presque à chaque fois, en allant beaucoup moins vite cette fois !

J’ai toujours mon chat qui me saute sur l’épaule pour regarder avec moi. Quand il voit des gens passer, il grogne. Je n’ai pas d’heure spéciale pour y aller. En ce moment, à 20h, je vais applaudir.

 

Les fenêtres, elles sont tout le temps ouvertes chez moi. Il fait archi-chaud et j’ai besoin d’air.

Je regarde les oiseaux, les nuages, parfois, le soir, je regarde les étoiles. J’aime bien ça, ça a toujours été, je regarde s’il y en a beaucoup. Je regarde aussi les lumières allumées dans les bâtiments en face. Il y a des gens qui ne dorment pas, comme moi, des insomniaques peut-être ou des gens qui vont travailler, qui se lèvent tôt. La vie est différente la nuit. J’aime la regarder, mais je ne sortirais pas… j’ai trop peur.

 

Il y a moins de monde, c’est désert un peu, on entend un chien qui aboie, c’est plus résonnant. On entend des bruits qu’on n’entendrait pas dans la journée. On voit les chauve-souris. Il y en a toujours deux qui rasent ma fenêtre, j’en ai déjà eu une qui est rentrée chez moi. Je l’ai attrapée et je l’ai remise en liberté, elle était paniquée la pauvre…

La nuit, c’est plus calme, des gens sortent leur chien, certains s'assoient sur le banc. Les gens sont moins pressés, ils prennent le temps de promener leur chien. C’est lent la nuit.

En journée, ça court, le soir, c’est apaisé

 

La fenêtre, pour moi, c’est une limite, tu ne peux pas sortir, tu ne peux pas avoir accès à l’extérieur, sauf si tu veux te scratcher en bas. C’est aussi une limite pour que les gens ne rentrent pas chez toi. Ça marque le début et la fin d’un appartement.

 

J’aimerais bien avoir une vue sur la nature, moi, je suis entourée de parkings et de bâtiments. Pour améliorer ma vue, il faudrait qu’il n’y ait plus d’arbres. On a un chemin qui mène jusqu’au tramway mais avec les arbres, tu ne vois plus rien, sauf l’hiver. C’est le fouillis des arbres, c’est bien parce que les arbres, on en a besoin, mais quand tu en as trop, tu ne vois pas la continuité des allées, tu ne vois pas le paysage, tu ne vois pas comment la ville est dessinée. C’est bouché ! Quand les arbres sont en feuilles, tu ne vois rien. J’aime bien quand c’est fleuri, quand les feuilles changent de couleur, mais il faut bien le dire, ça limite la vue. Parfois, j’ai l’impression d’habiter en forêt.

 

Mais, au final, je m’en fiche un peu de ce que je vois par ma fenêtre. Si on veut voir la nature, on a des jambes, on peut y aller. Ce n’est pas la peine d’aller chercher de belles choses à l’extérieur. La première chose, quand on vit quelque part, c’est l’intérieur de l’appartement, on ne vit pas dehors. Tant que tu n’es pas embêté par les gens, que tu as un bon voisinage, c’est le principal. »

 

 

Annick, Allée d'Avranches, Le Havre

Le 4 mai