"On regarde plus ce qui est proche de nous, c’est comme si on allait plus au fond des choses."

« C’est la fenêtre de la cuisine, c’est là que je me mets le plus souvent. J’y suis parce que je prépare à manger, surtout depuis le confinement : je prépare des plats plus compliqués, alors ça me prend du temps.
J’aime bien la vue de la mer le matin. Avant, j’étais ailleurs au Ramponneau, j’avais vue sur les poubelles et les immeubles ! C’est un quartier où j’ai vécu depuis toute petite, j’ai vu pas mal de choses changer. Je l’ai connu vraiment pire. Le parc de jeux, c’est très important. Ça nous permet de nous retrouver avec tout le monde. Nous, on n'avait pas ça quand on était petits, on jouait à cache-cache dans le quartier.
J’ai déménagé en septembre et la vue est complètement différente. J’apprécie venir ici le matin, me mettre à la fenêtre et regarder.

Je vois entre Fécamp et Grainval, les falaises, le phare, un bon morceau de mer. Mes grands-parents ont été mis en mer. Dès que je la regarde, je pense à eux. La fenêtre c’est plutôt une ouverture pour moi, ce n’est pas une limite. En fait, je n’ai aucun vis-à-vis, alors ça ouvre, rien ne me bouche la vue. Peut-être que ce serait différent si j’avais un immeuble juste devant chez moi. Là, j’ai une vue toute dégagée, rien ne bloque ma vue, mes yeux passent au-dessus des toits des maisons. J’ai les plaines, la mer. Je peux profiter d’être à ma fenêtre sans que des voisins se sentent observés.

Le soir, l’ambiance est différente. C’est calme. J’ai toutes les lumières de la ville, les éoliennes. Je vois la ville toute illuminée, c’est agréable de voir la vie.
Depuis le confinement, il y a moins de voitures et de scooters qui passent, ça, c’est bien !

Le confinement, ça m’a permis de me rapprocher de mes enfants, par contre, je suis éloignée de mon conjoint, c’est difficile. J’ai beaucoup plus de difficultés à m’endormir le soir : c’est le fait de rester enfermée… D’habitude je marche beaucoup. Là, je sors sur le quartier, une heure pour faire le tour ! Je vais dans le petit parc à côté de l’école du Parc. Il y a des choses auxquelles je ne faisais pas attention avant, par exemple, la couleur des feuilles qui change, presque de jour en jour, elle est passée d’un vert clair à un vert plus foncé. Dans le petit parc, il y a un tronc d’arbre complètement déraciné. Il n’y avait jamais de fleurs avant, maintenant il y a plein de pensées et de jonquilles. Ils ont remis les moutons qui sont juste en face de chez moi. Avant je voyais des biquettes, mais là, ils ont labouré, je ne sais pas ce qu’ils vont faire.
Je trouve qu’on fait plus attention à ce qui nous entoure parce qu’on ne peut pas trop sortir, alors on regarde plus ce qui est proche de nous, c’est comme si on allait plus au fond des choses. J’aime bien entendre le train qui passe au loin. Mon fils aussi. Et puis, comme les voitures ne passent plus, on entend les oiseaux... et les mouettes, comme d’habitude.

J’ai changé la disposition de ma salle, je vais plus souvent à la fenêtre, je n’y pensais pas vraiment avant. Le coucher du soleil, c’est sûrement le moment le plus beau. Mais, avant, c’était l’heure où je faisais à manger. Avec le confinement, je cuisine plus tard, alors j’en profite plus. Le ciel devient rose, c’est reposant.
J’ai un petit balcon, mais je n’en profite pas trop sauf pour étendre mon linge… en regardant la mer.
Et puis, à 20h, je sortais mon djembé. Maintenant, c’est mon voisin qui a pris la relève en mettant de la musique, la Marseillaise pour démarrer et puis d’autres chansons après. Mes enfants applaudissent. C’est important de témoigner à ceux qui travaillent et surtout au personnel soignant. »

 

Séverine, rue du Roussillon, Fécamp

Le 30 avril