"La maison est devenue sécurisante, alors qu’avant, je rentrais contrainte et forcée."

« C’est la fenêtre de l’entrée.

Je l’ai choisie parce que j’aime beaucoup la grille ; je n’ai pas changé la porte, alors qu’il faudrait pour l’isolation. Je trouve aussi que c’est représentatif du confinement, du fait d’être enfermé, c’est une grille à travers laquelle on ne peut pas passer… alors moi, je triche un peu parce que j’ai une terrasse et un jardin. Je ne me sens pas en prison.

 

Il y a 3 ans, suite au décès de mon mari, je me suis confinée moi-même. J’ai eu besoin de rester chez moi, changer des choses. J’étais plus ou moins devenue agoraphobe. Là, j’ai le sentiment de me retrouver avec moi-même.

Au départ, le confinement, ça ne me gênait pas, maintenant, ça me pèse. C’est de ne pas savoir combien de temps ça va durer. Je trouve maladroit de la part de nos gouvernants de faire des annonces de 15 jours en 15 jours. Je commence aussi à ressentir l’angoisse des gens.

J’ai eu, au début, cette sensation d’être bien chez moi. Je suis toujours contente, mais j’ai peur de l’après. J’ai la crainte de tout devoir recommencer, de devoir tout me réapproprier, la ville, les gens… Et puis, il y a mon corps, je marchais beaucoup, j’avais du plaisir. Mes muscles fondent, je le sens. Il va falloir que je les refasse.

 

Cette fenêtre, je la regarde quand je jardine, j’aime regarder l’ouvrage. Je la vois se refléter dans le miroir de l’entrée. Je la vois depuis l’intérieur, quand je laisse la porte ouverte. Les arabesques, les fleurs, les formes rondes, ce n’est pas très anguleux, il y a une espèce de douceur.

C’est vraiment un passage. Je vais souvent m’asseoir sur la première marche de l’escalier, j’aime être là quand il y a du soleil et j’aime la vue sur mon petit jardin. Je suis à sa hauteur, je me sens intégrée à lui. Je suis en proximité avec mes végétaux. Il n’est pas excessivement entretenu, je devrais tailler, mais ça me casse les pieds, alors, c’est un peu la jungle, les végétaux débordent, ils me happent.

 

Je suis un peu en retrait, la rue est calme, quand je sors de chez moi, j’ai la ville à mes pieds, mais je ne l’ai pas chez moi. La limite entre chez moi et la ville, je la mets en bas de la rue, même pas à la grille. En même temps, j’ai la sensation que le Havre c’est chez moi, j’étends la limite à beaucoup plus loin que devant la porte, j’ai la sensation de m’être approprié un territoire vaste. Le confinement n’y change rien. Mon territoire, pour le moment, n’est pas restreint. Le premier pas me coûte un peu, mais après c’est bon.»

 

 

Isabelle, rue de Tourneville, Le Havre.

Le 6 avril