" Depuis chez moi je vois la même chose mais il y a des bâtiments en plus alors ça resserre l’image. "

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Cette fenêtre... juste que c’est le sud et que c’est la vue que j’aimerais avoir, c’est une vue depuis le mobil home. On a le sommet là, on a la station d’Issarbe en face, et la Pierre-Saint-Martin mais je ne pense pas qu’on la voie depuis la photo, c’est à peine un peu plus à gauche,  tant qu’à faire j’aimerais bien la voir parce que j’aime bien cette montagne, c’est la plus haute.

J’aime voir les dameuses le soir, j’aime aller damer une fois par an avec les copains. 

J’y ai bossé et ça me rappelle des bons moments cette station. Cette fenêtre elle est liée à de bons souvenirs.

Elle est dans ma cour c’est dans le mobil home. C’est pour des salariés que je n’ai pas.

Ça a déjà servi pour les salariés l’an dernier et j’espère que ça va servir à nouveau. C’est une vue que je n’ai pas depuis ma maison. Oui c’est la vue que j’aimerais avoir depuis chez moi. Il y a trop de bâtiments alors les bâtiments cachent. Elle est exposée plein sud. J’aime ce côté-là. Depuis chez moi je vois la même chose mais il y a des bâtiments en plus alors ça resserre l’image. 

Je suis né ici, sur la ferme depuis tout petit. On a déménagé, on habitait d’un côté de la maison jusqu'à trois ans et après à trois ou quatre ans, j’ai déménagé de l’autre côté de la maison et après, j’ai ré-aménagé le côté de ma maison et du coup j’ai mon appartement là où je suis né.

Ah oui! Disons que le mobil home ça bougerait de moins de trente mètres par rapport à là où je suis, mais il faut que je fasse gaffe à ce plein sud parce qu’il y a des coups de vents violents qui arrivent de ce côté. Il faudrait une baie vitrée solide.

Ici c’est des odeurs qui me plaisent, les brebis ça sent les brebis, les odeurs du foin on n’a pas d’aliments fermentés on n’a pas d’ensilage, ça ça puait terrible , j’aimais pas du tout ! mais le foin, tout ça, ça sent bon quoi. 

Beh oui disons que l’odeur d’ici, les brebis ça sent bon, c’est peut-être parce que j’ai côtoyé des gens ici qui venaient d’ailleurs et c’est peut-être les gens qui venaient qui m’ont fait apprécier ça. 

Mais les odeurs de déo c’est ce qui m’avait choqué le plus la dernière fois que je suis allé à Paris. Ouah ! C’est cette odeur! Le matin, tout le monde est beaucoup trop parfumé, les cheveux coiffés à bloc avec du gel partout que j’ai horreur de ça. Ouais! Vivement la nature!

J’habite tout proche du bâtiment et dès qu’il y a un bruit un peu suspect d’une vache ou d’un veau, j’y vais .

On entend tous les oiseaux, il y a les cloches des vaches du voisin, il y a l’église en face et le clocher du village; il y a un rocher escalade, alors il y a l’hélicoptère qui passe à chaque fois qu’il y a un blessé et puis voilà.

Il y a la saison de migrations, les grues, les merles qui arrivent jusque devant la porte, toutes sortes de petits oiseaux qui chantent, des geais, des vautours, mais ça ne fait pas de bruits, des choucas. C’est bien d’avoir une maison pas trop trop isolée comme ça on entend les bruits autour, on entend ce qui se passe, les chiens qui aboient.

Ici, il y a un border collie, des patous c’est des gros chiens blancs et voilà.

Parce que dans les Pyrénées, là on était content, on avait plus trop d’ours et là ils en ont remis deux ours dans la montagne où on va.

L’été dernier le berger il s’est retrouvé face à l’ours et c’est jamais agréable quand on a des brebis parce que, en une seconde, il peut faire sauter tout le troupeau dans le précipice et alors le chien s’il n’a pas trop peur il aboie pour repousser l’ours.

 

Tiens l'autre jour j'ai vu les percnoptères d’Egypte . C’est des oiseaux très grands,  c’est hyper rare.

On en voit deux mais ils sont petits. Alors là, ils nichent, on a le droit à des héliportages pour ceux qui n’ont pas de chemin  pour aller à la cabane de berger. Et l’hélicoptère il fait de grands détours pour éviter le nid de ces oiseaux parce qu’ils sont très rares. 

 

C’est à 50 km de la ferme on envoie les vaches sur la commune de Lescun, c’est un site très très beau, avec le cirque de Lescun. C’est un petit village à sept ou huit cents mètres de haut et les montagnes forment un cirque tout autour de ce village, voilà et les brebis sont à Borce.

Les vaches se gardent seules et après, entre éleveurs, on se donne des nouvelles. Il y a de l'entraide avec certains bergers. Les brebis on ne peut pas les laisser toute seules. C’est trop petit, on aurait des problèmes avec les prédateurs alors il y a une personne qui reste avec elles et qui ne les quittent pas depuis le jour où elle montent jusqu’à ce qu’elles descendent. Il y est 24h sur 24 avec elles, il est comme le patou.

Il les aime vraiment comme si c’étaient les siennes. Il a beaucoup de plaisir à s’occuper de ce troupeau et ce qui est très rare, c’est un berger qui ne nous prend que nos brebis. Parce que tous les bergers il leur faut souvent 1000 à 2000 bêtes, nous il nous prend que les 300 têtes. Il les surveille bien, il s’en occupe, il n’y a pas de boiteuse, il ne les compte jamais. S’il me dit qu’il en manque une, c’est qu’il en manque une, s’il me dit qu’il en manque deux, il en manque deux, il est avec toute la journée. Il fait du bon fromage là-haut, du bon fromage de montagne. Là-haut elles n’ont  pas l’aliment, elles ont que des choses naturelles : de l’herbe, de l’eau, elles mangent toutes les fleurs de la montagne et le fromage est excellent. L’hiver c’est nous qui le faisons et il faut les compléments. Elles mangent le foin que l’on fait l’été sur les terres de notre exploitation quand même.

La traite se fait matin et soir. Et la traite est faite ce soir et demain matin on recommence et après demain on recommence

Le confinement pour moi bah ça ressemble à... le boulot ressemble beaucoup qu’il y ait confinement ou pas confinement. Mon travail c’est quasiment le même et ça ne m’a pas changé énormément. Il n’y a plus de resto, il n’y a plus de sortie, il y a des gens qu’on aimerait voir qu’on ne voit pas mais ça va revenir, il faut prendre patience. Les petits restos c’est les sorties qu’on peut faire en temps normal. Si on peut se faire au moins un petit resto entre copains le dimanche soir et après voilà c’est quasiment la seule sortie. Surtout en hiver où je n’ai pas le personnel. Sans plus confinés, on fait les fromages et alors je me fais mon petit papier pour aller livrer le fromage. On me livre et s’il me faut, les coopératives agricoles sont ouvertes, le véto aussi. Sur l’exploitation il y a souvent du monde qui passe, il y a les commerciaux et là on a un peu moins de visites. Pour moi ça ne change pas grand-chose à part qu’il y a un petit doute de perdre des gens que l’on connaît et que l’on aime.

Michel, Lanne en Barétous.

le 29 mars