"On se bagarrait pour ne plus avoir de repère, et se bagarrer c’était peut-être un repère."

« C’est la fenêtre de mon atelier. Ce n’est pas du côté de la maison où il y a la cuisine, mon mari, les choses de la vie... c’est un petit refuge pour moi, j’y vais travailler.

Il y a des choses un peu dans tous les sens. Par la fenêtre, on voit un rosier, des gens passer, et surtout la lumière. On peut “allumer”  la fenêtre pour avoir l’air de dehors. Je suis voyageuse dans ma tête, je me balade dans tous mes souvenirs de printemps, c’est juste une sensation qui met du soleil.

 

Avec le confinement, il y a comme un mystère par rapport au temps qui s’est arrêté, quelque chose à choisir entre le vivre de suite ou attendre quelque chose qui était avant ou qui viendra après. J’oscille entre les deux.

Là, il n y a pas l’heure à ma montre, là, j’ai tout le temps. Je n’ai pas de temps à bousculer, je n’ai pas à me bagarrer pour trouver un petit temps pour casser le temps.

Maintenant, ce petit refuge est tout partout. Dehors, il y a cet espace ouvert à un temps qui n’en finit plus d’être là. Je me bagarrais pour le trouver ce temps et maintenant il est grand, grand et partout, alors c’est peut-être plus difficile de se recentrer. Tu as besoin de te réfugier contre quelque chose et ce quelque chose n’existe plus. Tu n’as plus de raison de te confiner toi-même.

Quand tu es dans une attente de tu ne sais pas quoi, il n’y a plus de barrière dans le temps, plus de piquet auquel s’accrocher. On se bagarre pour ne plus avoir de repère, et se bagarrer c’était peut-être un repère. Là, il n’y a plus de raison.

Ça n’empêche que c’est une grande fenêtre qui s’ouvre. On est obligé d’être plus réceptif, à la fois on est emmuré et à la fois on a un grand espace.

 

La fenêtre je la regarde comme quelque chose de plus extérieur. J’ai plein de plantes de l’autre côté, c’est le printemps qui t’éclate dans la figure. Mais on ne sait pas si on a le droit d’y toucher, si ça nous appartient, si on a le droit d’y croire, on frôle quelque chose de très beau, mais est-ce que les consignes disent qu’on a le droit de bouffer la nature ?

 

La nature est calme, et ça c’est super, soit tu t’en méfies, soit tu l'appelles et tu l’écoutes.

Là, j’ai rendez-vous avec une oie au bord de l’eau, je prends le temps de la regarder, de la trouver belle, d’être dans le paysage, c’est une sorte de méditation. Les choses ne sont plus là où on pouvait se raccrocher en pensées, en amitié... Là, on ne peut plus s’appuyer que sur soi, l’autre peut mourir.

 

C’est un bon coup de balai dans la tête, nos habitudes, nos façons de penser, ça gêne, mais en même temps, on sait qu’on peut passer à travers ça, et prendre tout ce qui est bien. La terre est calme en ce moment. Ça oblige à réfléchir à des tas de trucs qui s’entrechoquent.

Et puis à un moment, tu jettes tout ça à la poubelle et tu te dis : « je suis là, c’est chouette ».

 

Cette fenêtre, c’est une pause, une rencontre avec moi. J’ai un tiroir avec un Tarot, je me retrouve avec moi-même.

Je me sens comme dans un bateau, ça ressemble aux maisons anglaises avec une avancée, les gens prennent leur temps, ça fait comme une péniche aussi, on n’est pas complètement dans la maison ici. On est à l’abri.

En ce moment, les planètes, il y en a pas mal d’intéressantes qui passent. La terre est bien nettoyée. On verra ce que ça donne. On n’est pas là juste pour manger, dormir, travailler et mourir, non ?" Francine

Francine, Saint Brice Courcelles.

le 8 avril