"L’activité humaine, des fois, je trouve ça fatigant. "

« C’est la fenêtre de ma chambre.

C’est un velux. On vit sous les combles. Toutes les fenêtres sont comme ça, alors il y a moins de choses à voir. Je m’allonge et je regarde à travers. Mon lit est juste en dessous. Si je me tourne, je peux voir un peu la forêt de Montgeon.

C’est une fenêtre par laquelle j’aime regarder les nuages bouger, la pluie s’écraser, la nuit, je vois quelques étoiles.

 

Cette fenêtre n’apporte pas énormément de lumière, le soleil ne passe jamais. Il fait sombre la journée et elle éclaire un peu trop la nuit, les lumières de la ville se reflètent sur mes murs blancs, sans jeux de lumière.

J’aime bien m’y mettre quand il y a un changement météorologique, voir le ciel se charger ou au contraire s’éclaircir et n’être attentive qu’à ça parce qu’aucun élément autour ne peut attirer mon attention.

 

Je suis en formation actuellement, je passe mon temps à regarder mon écran, ça me brûle les yeux. Alors ça me détend de regarder le ciel. Ça ne me dérange pas cet infini.

J’aime bien l’idée de m’endormir en dessous des étoiles. J’aime bien voir le ciel en me réveillant.

 

Si je me lève et que je me mets au velux, il y a un immeuble et puis tous les arbres dont émergent des bâtiments peu agréables à regarder. C’est une vague verticale qui s’étend vers le haut du Havre.

 

On n’a pas réellement de vue sur la vie havraise. On est dans une bulle. Si on ne sort pas de chez nous, on ne voit rien de particulier, ni la circulation, ni les gens. Si j’étais restée chez moi, sans écouter les infos, j’aurais pu ne pas savoir qu’il y avait le confinement tellement mon environnement n’a pas bougé.

Le confinement, ça va, hormis financièrement, on ne pouvait plus chercher de travail. Ça m’a presque fait des vacances. J’ai plus de temps pour moi, je peux lire, des nouveaux genres, j’ai rattrapé mon retard séries et films, j’ai repris le montage vidéo, ça me fait du bien.

Avant le confinement, je courrais partout. Là, je ne peux plus. Je ne faisais jamais vraiment ce qui me plaisait.

 

Avec un de mes colocataires, on s’était fixé le défi de tenir un journal de confinement, littéraire. Au bout d’un moment, ça peut devenir une corvée. Même quand il n’ y a pas grand-chose à raconter, j’ai envie d’avoir une trace de mon point de vue pendant cette période. La fin du confinement, je l’attends… pas avec impatience, mais un peu…ça me manque de ne pas voir la vie, mais pas tant que ça. L’activité humaine, des fois, je trouve ça fatigant. »

 

Cécile, rue de Neustrie, Le Havre

Le 30 avril