"On a ces petites fenêtres qui s’ouvrent sur la vie de chacun, on a un petit bout de l’intimité de chaque personne, un petit bout de la vie de chaque personne, je trouve ça très touchant."

"C’est la fenêtre de mon séjour.

Je l’ai beaucoup investie, encore plus depuis le confinement. Mes deux garçons sont revenus à la maison, alors je dors dans cette pièce. C’est souvent mon coin à moi.

 

En temps normal, je m’y mets surtout le matin, je vois le soleil se lever, je prends mon temps, le temps de regarder.

Si j’ai à regarder d’un endroit, c’est de là. Je vois un bout de ciel bleu, des nuages blancs, gris, les immeubles, leur béton et des petites maisons avec des jardins. J’ai la chance de ne pas avoir trop de vis-à-vis. Je peux rêver et en même temps être confrontée au réel. Je peux m’échapper par le ciel ou la nature.

En ce moment, j’entends les oiseaux, j’adore ! Ça sent l’humus.

J’ai des rideaux qui bougent. Ils sont le plus souvent ouverts pour me laisser la possibilité de ne pas être arrêtée. Si je pouvais ne pas avoir de limite entre le dedans et le dehors… Cette fenêtre en tous cas, elle ne me limite pas.

Si je tourne juste un peu la tête, j’ai les immeubles en face et je me retrouve avec la réalité qui est juste là. Je me dis que je n’aimerais pas y habiter, mais c’est juste là. Ça me fait prendre la mesure de mon balcon, de mes plantes. Ça m’offre une échappée. Il y a deux arbres qui donnent sur mon balcon, fin août, je suis en forêt vierge, je ne vois que la verdure et le feuillage. J’aime beaucoup la nature sauvage.

 

Le confinement m’a donné envie de vivre à la campagne. C’est pesant la ville pendant cette période ; on sent la peur. Quand je vais me promener, les gens s’écartent, les sourires sont difficiles, il y a quelque chose de bizarre, la méfiance de l’autre plus encore que celle du virus, l’autre comme potentiel de mort ou de maladie. Quand je discute avec mes copines à la campagne, elles ne ressentent pas du tout ça.

Dans ces circonstances, le ciel est encore plus bénéfique.

 

J’ai proposé à mes élèves de nous retrouver, via zoom, pour danser ensemble. Ce qui est incroyable, c’est qu’il se passe des choses. Au départ, il s’agissait de résister, pour être dans le mouvement, je ne pensais pas que ça allait aussi bien prendre. Chacun est investi, y croit, y met ce qu’il a envie. Et on a ces petites fenêtres qui s’ouvrent sur la vie de chacun, on a un petit bout de l’intimité de chaque personne, un petit bout de la vie de chaque personne, je trouve ça très touchant, ça m’émeut énormément. L’espace, c’est nous qui décidons de ce qu’il est. C’est toujours la question de comment j’investis ça, comment j’habite ça. Est-ce que je l’habite en m’éloignant ou en m’approchant? Après le moment de sidération, j’ai eu envie de continuer avec eux, la vie c’est aussi une continuité. C’était aussi une manière de montrer que le lien, il peut être tout le temps présent. On ne peut pas se serrer dans les bras, mais on peut être ensemble de plein d’autres manières différentes.  »

 

 

Véronique, rue Pauzin, Bordeaux

Le 28 avril