"C'est un beau noir, un noir profond, tu sais que derrière il y a des maisons, de la vie, mais tu ne vois pas."

« C’est la fenêtre de la chambre d’une de mes filles. J’y entre, je laisse éteint et j’ouvre la fenêtre. Ça fait peut-être un peu rituel, j’y vais souvent avant de me coucher; en tous cas, ça pourrait devenir un rituel, alors, je saurais qu'il serait lié au confinement.

C’est là qu’on a la meilleure vue sur la vallée. Depuis le début du confinement, notre maire a eu l’excellente idée d’éteindre l’éclairage public la nuit. Moi qui travaille sur les énergies, je trouve ça super de travailler là-dessus.Ce n’est pas si simple à mettre en œuvre : les gens éprouvent le besoin d’être éclairés tout le temps.

Nous, on est limitrophes à deux villes, Orsay et Palaiseau. A droite, c’est complètement noir et il y a quelques brins de lumière à gauche. J’ai l'impression d’être à la campagne, en pleine nature…

 

Depuis que c’est éteint, je vais voir ce noir !

C’est un beau noir, un noir profond; tu sais que derrière il y a des maisons, de la vie, mais tu ne vois pas. Je n’ai pas envie de les voir, je regarde cette masse noire, elle peut être un peu inquiétante, sans repère, tu peux t’imaginer plein de choses. Il y a un côté mystérieux.

Il n’y a que très peu de repères. C’est vraiment une masse noire.

Je pense que ça peut faire peur, moi, c’est une peur qui me plaît… comme les gamins qui ont envie d’avoir peur ! Le mot est exagéré... Je ne suis pas très peureuse, mais en tous cas, ça peut inquiéter.

Et puis, par rapport au confinement, où tu ne vois rien, tu ne sais pas comment ça va se passer dans 15 jours, 6 mois, il y a un parallèle avec ce noir où tu ne sais pas ce qu’il y a. C’est l’inconnu temporel du corona que tu retrouves avec l’absence de lumière dans la nuit.

Si j’y vais le jour, ce n’est pas la même situation, le rapport à cette fenêtre n’existe que la nuit, les paysages sont tellement différents.

 

Quand je regarde, j’ouvre toujours la fenêtre. Pour nous banlieusards, c’est un changement radical, on n’a plus de bruit. Il n’y a presque plus de RER, plus d’avion parce que Orly a été fermé et la Nationale 118 qu’on entendait en écho est nettement moins fréquentée.

Avec ce noir, il n'y a plus de bruit. Ça fait partie de ce truc qui fait un peu peur, peut-être que s’il y avait du noir et du bruit, ce serait moins mystérieux. Mais aujourd’hui, c’est une donnée équilibrante.

 

Avec le confinement, nos rythmes de vie se sont déplacés, le fait de ne plus voir de monde, c’est ça le gros changement. Je ne suis pas inquiète de ma santé, ni de celle de mes proches, mes inquiétudes sont plus globales.»

 

 

Caroline, Orsay.

le 22 avril