"J'avoue qu'il n'est pas très net le brave jardin..."

« C’est la fenêtre de la petite chambre.

Je l’ai prise parce que j’espérais avoir une vue plongeante sur la cour, l’environnement, pour voir l’horizon. Sur cette fenêtre, quand j’y suis, je vois la route, chez les voisins, jusqu’à Lanloup qui est à deux kilomètres. Je trouve que c’est dégagé et finalement on n’est pas trop confinés.

C’est ma chambre de jeune fille. Quand je me suis retrouvée toute seule, je suis revenue en retraite, ça fait 21 ans. Je suis née ici, je suis née dans ma cuisine actuelle.

Quand il fait nuit, je vois les phares de voitures arriver à trois kilomètres au-dessus. C’est un mouvement, c’est une vie, bah... oui ça fait vivre les alentours.

Tous les soirs je viens dormir là, je donne toujours un petit coup d’œil pour voir si tout va bien mais le confinement n’y change rien, je ne regarde pas plus.

Dans la cour, en principe, j’ai mes 5 poules, parce que j’ai 5 petits-enfants. Elles sont en liberté, je vois mes fleurs; bon, là, il n’y en a pas beaucoup; la verdure et l’accès pour aller au poulailler, voilà, ça fait vivre.

 

Comme j’ai le jardin, je n’ai pas l’habitude de passer du temps à l’intérieur, je suis toujours à l’extérieur et ça c’est agréable. En hiver, je tricote tous les soirs, mais pas à cette époque-ci, je mets bas le tricot et je suis dehors. J’avoue qu’il n’est pas très net le brave jardin mais j’ai beaucoup d’occupations à l’extérieur avec l’association de débroussaillage de sentiers. En ce moment, il n’y a plus rien du tout, on s’envoie des messages, enfin, eux surtout m’envoient des messages, mais moi je ne suis pas trop bavarde sur l’ordinateur .

 

C’est une maison traditionnelle bretonne; en principe, c’étaient deux pièces en bas : une cuisine et une salle à manger... une salle à manger peut-être pas spécialement mais une salle à manger-chambre.

Quand mes parents y vivaient, la salle à manger et la chambre c’était la même pièce et il y avait la  cuisine à côté. Bien souvent, tu as deux pièces en bas et puis des mansardes avec deux ou trois pièces en haut : ça dépend de la grandeur des maisons. Dans ces pièces-là, tu avais un grenier et une chambre . Moi, ma petite chambre où je couche maintenant, c’est ma chambre de jeune fille que mes deux frères m’ont faite quand ils sont partis naviguer. Quand tu es célibataire, être navigateur, c’est génial : tu visites plein de pays,  mais, après, quand tu fondes un foyer, c’est pas évident.

 

Quand moi je suis arrivée en retraite, je dormais dans la grande chambre d’à côté, c’était la chambre de mes frangins, où tu avais de quoi coucher trois personnes, c’est le dortoir. Maintenant, c’est un peu plus compliqué parce que ces jeunes, étant maintenant des grands, ils arrivent en couples donc je ne vais pas faire coucher tout le monde en dortoir. C’est pour ça que le grenier est arrivé chambre aussi.

 

J’avais pensé aux fenêtres de la cuisine parce qu’il y a les barreaux; le décor va être le même mais plus réduit parce que je suis à la hauteur du sol et non pas en hauteur comme depuis la chambre. Je vois le jardin un petit peu et puis ces barreaux étaient là parce que ça remplace des volets. Tu pouvais pas rentrer dans la maison, tu pouvais partir et laisser tes fenêtres ouvertes et personne ne pouvait entrer. »

 

 

Pierrette, le 30 mars,

Le Petit Saint Loup