"Mon rêve c’est d’aller à la plage par un matin gris et venteux, j’ai envie de respirer..."

« C’est la fenêtre de ma cuisine. J’y prends mon petit déjeuner le matin. Selon l’heure à laquelle je me lève, je vois le soleil, parfois je me lève avant lui. J’aime ce petit coin car j’adore prendre mon petit déjeuner, c’est un moment que je ne veux surtout pas rater. Ça a toujours été : mon petit déjeuner, c’est sacré. C’est un café noir, sans sucre avec du pain et du beurre, un yaourt et un kiwi. Je prends vraiment mon temps, c’est mon petit moment à moi, même si je suis toute seule et que j’ai du temps à moi. Je pense que ça remonte au moment où j’avais mes enfants. Je me levais plus tôt pour déjeuner seule. C’est resté. J’écoute la radio, je vois passer les gens, toujours les mêmes personnes, tu te dis : « Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas vu untel », il y a une petite vie des fenêtres. J’aime bien que mon regard parte au loin. Quand il fait nuit, je vois les lumières dans les appartements, et puis le ciel. Je suis un peu claustrophobe, il me faut des grands espaces. Ma table est placée de telle façon que j’ai vue sur l’extérieur.

 

Heureusement, je suis assez casanière, alors le confinement ça va, même si là, ça devient long ! Mon rêve c’est d’aller à la plage par un matin gris et venteux, j’ai envie de respirer... enfin prendre l’air. J’ai la chance d’avoir un 4 pièces, je peux aller d’une pièce à l’autre, j’ai un balcon. J’estime être privilégiée. Je pense à mon fils dans un 25m² sous les toits à Paris… pas de fenêtres, uniquement des velux.

Il y a des hauts, des bas, déjà en temps normal, on peut avoir un petit coup de blues, là on a de bonnes raisons. Je trouve qu’il y a quand même pas mal de gestes de solidarité, quand j’entends des restaurateurs qui font des repas distribués dans les hôpitaux, tous les gens qui font des masques, je me dis, pourvu que ça dure, même après… Je pense que des choses vont changer, les gens vont avoir réfléchi à leurs besoins, ils auront peut être redécouvert leurs enfants, repris le goût de la lecture.

 

Je me suis rendu compte que les photos embellissent les vues ! Par exemple, le parking, il est moche... mais en photo... il y a du recul, on voit mieux les couleurs. On regarde différemment. Je viens assez souvent à cette fenêtre, il y a une profondeur dans la vue. Dans la salle, j’ai vu sur la Tour Réservoir... C’est limité, elle me cache le soleil et elle me bouche la vue. Là, je vois plus loin, les petites maisons, les immeubles sur les côtés. Quand je suis au téléphone, je vais tout le temps à la fenêtre de la cuisine. En ce moment, il y a de la verdure; comme ils ne tondent pas, il y a plein de pâquerettes et de fleurs de pissenlits. C’est joli !

J’avais mis une bougie sur le rebord de la fenêtre parce que j’étais toute seule à applaudir à 20h, alors j’ai décidé d’allumer ma bougie, c’était ma façon de participer.

 

Avec le confinement, ce qui a changé… c’est que je deviens maniaque, ce que je n’étais pas du tout ! Je range et je n’aime pas trop voir des choses traîner. J’ai peur de m’ennuyer, je sais que le risque, c’est de tomber dans une espèce de déprime… Maintenant, j’essuie ma vaisselle ! J’ai trop peur de passer mon temps devant la télé. Je me suis fait un planning avec le temps de lecture, le temps de ménage, la réflexion sur ce que je vais manger (sauf le matin), mon temps d’internet : musées, concerts. Je joue à la Nintendo. Je n’y jouais plus, mais j’y retourne. Je cherche des occupations pour ne pas m’ennuyer et je sors parce qu’on a le droit quand même ! »

 

 

 

 

Dominique, Le Havre, rue Saint Wandrille.

le 21 avril