"La fenêtre, bien sûr, c’est une limite, mais les yeux, eux, ils n’en ont pas, ils peuvent aller très loin."

« C’est la fenêtre de mon studio. Je suis au 8ème étage. Je vois des maisons, des arbres, la forêt et les fleurs. Parfois il y a des oiseaux qui tournent à côté. Les boules, je pense que ce sont les enfants qui montent, qui descendent, mais je ne suis pas sûr que ça serve à ça.

 

Le confinement, on fait avec, ce n’est pas facile… Rester enfermé, tu regardes le plafond tout le temps, je deviens plus pensif, je regarde la nature, le ciel et les oiseaux. Ça me change, je deviens doux.

Je suis parfois plus pensif, plus nerveux, alors je me mets souvent à cette fenêtre. Je vois les oiseaux qui viennent manger, je regarde au loin, j’écoute les mouettes se chamailler, danser, elles communiquent, je vois le mâle draguer la femelle. Je vivais au Congo-Brazzaville, je faisais de l’élevage de canards, de lapins, de porcs, je regardais les comportements de ces animaux, alors je connais les rapports entre mâles et femelles ! C’est la nature qui me rend doux quand je suis furieux. Quand on y songe, c’est formidable, c’est profond, tu regardes ces si belles choses, tu ne sais pas comment les expliquer.

 

Quand j’étais là-bas, les fenêtres étaient au bord de l’eau, le fleuve Djoué passait pas loin. De ma fenêtre, je voyais des bambous et des arbres et derrière ce fleuve. Il y avait une multitude d’oiseaux, des « sambalas », ce sont des sortes de chats avec une queue plus longue.

Mais ici, j’aime bien ce paysage, ça me donne envie de sortir, mais je sais que ce n’est pas possible. Ici, il y a tellement d’arbres que je ne maîtrise pas, tout est si bien entretenu. Les arbres nous donnent ce qui est bon et recrachent ce qui est mauvais, ça aussi, c’est incroyable. Je regarde les oiseaux, ils ne connaissent pas le confinement eux… Si j’étais magicien, j’aimerais me transformer en oiseau, je pense à cette liberté, elle fait envie à tous. Je regarde le moindre de leurs mouvements. Parfois, ils rentrent dans la chambre, ce sont des canailles, ils viennent prendre le pain !

 

Les fenêtres où je vivais, elles ont un cadre de bois rouge, elles sont grandes en général, ça permet de mieux aérer les maisons, ça fait entrer l’air frais, on met des « moustiquos », ce sont des petits grillages très fins pour éviter que les moustiques ne rentrent et puis ensuite quand on dort, on met les moustiquaires sur nos lits. Souvent elles restent ouvertes parce qu’il fait chaud, juste quand il pleut, on ferme. On voit beaucoup d’animaux par la fenêtre.

La nature c’est la solution, elle nous parle, elle nous donne les solutions, et puis parfois quand je ne vois pas de solution, regarder par la fenêtre, ça me change.

Je vois l’autoroute, je ne vois que 2 ou 3 véhicules passer. Je préfère que le monde fonctionne normalement, aller à gauche, à droite. Là, tout est compliqué.

La fenêtre, bien sûr, c’est une limite, mais les yeux eux, ils n’en ont pas, ils peuvent aller très loin.»

 

 

Vahide, le Havre, rue Edouard Vaillant.

le 20 avril