"C'est la fenêtre de mon hôtel."

« C’est la fenêtre de mon hôtel.

Je suis en étude d’architecture. J’étais en Roumanie. L’école a fermé et on nous a proposé de rentrer parce que les frontières allaient fermer. Mes parents ne pouvaient pas m’accueillir.

 

La pièce fait 15 m². Je me suis arrangée avec les gérants de l’hôtel pour avoir un espace bureau, une étagère avec des rangements pour mon matériel d’architecte. Je fais avec pour manger et vivre dans cette chambre. Il y a le parking de l’hôtel où je peux aller, il n ' y a personne, c’est le seul contact que j’ai avec l’extérieur.

Mais de ma chambre, il y a une belle vue sur les montagnes. J’ai le soleil jusqu’à midi.

 

Evidemment, c’est une fenêtre à laquelle je n’étais pas habituée, mais rapidement, je suis allée sur le balcon. Le matin je prends mon thé, une pause ou des appels téléphoniques. J’ai des cours par correspondance, j’essaye de travailler dehors, mais ce n’est pas pratique.

Je me dis : « Heureusement qu’elle est là ! » C’est un espace que j’exploite beaucoup plus que si j’étais venue passer une ou deux nuits dans cet hôtel. C’est vraiment un prolongement de la pièce.


J’ai la vue sur le Mont Revard, il y a un belvédère qui donne sur le lac d’Aix les Bains. Je vois cette montagne, tous les jours, elle est proche, et j’ai bien envie de la découvrir.

J’ai fait ma première année d’étude pas loin d’ici, je pouvais voir cette montagne de là où j’habitais, alors, ça me rappelle un peu cette période.

 

J’ai déjà vécu dans un 2 pièces, sous les combles, je rentrais par une toute petite porte fenêtre, puis une autre pièce sous les toits avec juste un velux en guise de fenêtre. Je me sentais enfermée. C’était très frustrant. Je n’arrivais pas à me situer, dans le quartier, dans la ville, je n’arrivais pas à m’orienter géographiquement. En Roumanie, je suis en colocation et on a trois orientations différentes. On change d’endroit au fur et à mesure de la journée, la salle, une chambre... On suit les rayons du soleil.

J’aime bien, quand je suis au téléphone, être à une fenêtre ou quand je veux prendre des photos. Ce n’est pas rare que je prenne des photos de mes fenêtres quand j’en ai envie. J’aime bien immortaliser ces moments-là. C’est la lumière et ce qui se passe à l’extérieur qui m’intéressent. Je me demande comment je pourrais me projeter si j’étais à l’extérieur. J’essaye d’imaginer ce que je ferais si j’étais dehors en train de marcher, j’imagine les sensations, les odeurs, ce que je verrais…

 

La fenêtre, je dirais que c’est la connexion au dehors, la limite ce sont les murs. Ce qui différencie deux espaces distincts, ce sont les murs, la fenêtre fait connexion. »

 

Thaïs, Aix les bains.

le 15 avril