christina 3.jpg

"Quand j’ouvre la fenêtre, ça sent les fleurs d’oranger, ça me fait penser aux gâteaux, c’est doux sucré, légèrement acidulé."

« C’est la fenêtre de ma chambre d’enfant. Je suis venue passer le confinement chez ma maman.

Cette fenêtre, j’y ai grandi, il y a plein de souvenirs, et quelque chose d’immuable qui rassure.

Les arbres fleurissent, on voit les saisons, j’ai la vue sur un oranger qui est en fleurs, planté par mon père. Il y a quelque chose qui rappelle les repas de famille autour de l’arbre.

On aperçoit le clocher de l’église, j’aime bien cette image. C’est aussi une histoire de début et de fin, on a fait des mariages, des baptêmes, l’enterrement de mon père.

 

Le matin, c’est contemplatif et le soir, c’est un point sur la journée. J’aime bien la nuit, j’écris, j’allume une petite lampe de chevet et je prends mon carnet.

Je ne ferme jamais les volets, j’ai besoin de voir la rue, les étoiles, la lune, ça m’apaise. Ça m’enveloppe. On a une impression d’invisibilité, comme si on était dans un cocon, une chrysalide, on a envie de transformation. La lumière, lorsqu’elle rentre dans la pièce, est lumineuse, douce, enveloppante, sans violence. Elle n’éblouit pas, elle attire, on va la chercher. Quand j’ouvre la fenêtre, ça sent les fleurs d’oranger, ça me fait penser aux gâteaux, c’est doux sucré, légèrement acidulé et léger.

 

Quand j’ouvre la fenêtre, c’est très calme, on entend les oiseaux, le vent dans les branches, des passantes qui promènent les animaux, des gens qui se baladent.

La chambre, j’y rêve, j’y lis, mais j’aime écrire dans la cuisine. J’aime y faire mon café et c’est le lieu de convivialité. J’ai un rapport fort avec la famille. C’est aussi le lieu des disputes, des discussions, des échanges. Avant, dans la cuisine, il y avait une fenêtre et puis mes parents ont construit une véranda. Je l’aimais bien : elle apportait une lumière, il y avait un petit cheminement avec une belle maison au bout, une maison que j’aurais rêvé d’habiter. Mettre un mur, une porte-fenêtre, ça a fermé ma vue. Les vues derrière une fenêtre, c’est important, je n’aime pas qu’elles soient modifiées.

 

Revenir ici, c’est bien, mais c’est aussi l’impression de redevenir une petite fille. Je retrouve des souvenirs, des jouets, une boîte à bijoux. Je ne touche à rien, c’est immuable, comme un peu sacré. C’est ma mère qui a laissé les choses comme ça, alors je respecte ça en ne touchant pas à l’organisation de la pièce. Ça faisait plusieurs années que je n’y avais pas dormi. J’étais revenue vivre ici pour accompagner mon père, il y a 8 ans. La pièce, je ne l’ai pas redécouverte. Je suis venue me réfugier, c’est aussi douloureux parce que ça remue plein de souvenirs.

 

 

A Montreuil, là où je vis normalement, la fenêtre est sur une cour; ces dernières semaines, on s’y mettait, on dansait, on chantait, on s’est rencontré avec le voisinage, on s’est présentés, on parlait des menus qu’on cuisinait, on a fêté un anniversaire, on se découvrait les uns, les autres. C’est le contraire d’ici… Ici, c’est tellement, tellement calme.. Avant, je disais l’enfer c’est les autres… et bien j’ai changé d’avis ! »

Christina, Cuwac-d'Aude, rue Cécile Bourrel.

le 14 avril