"On l'appelle le jardin d'Ava."

« C’est la fenêtre du séjour, ça donne sur un petit jardin clôturé. On l’appelle le jardin d’Ava, ma fille. C’est notre principal accès au jardin.

 

Souvent, la fenêtre est ouverte, l’été surtout, l’hiver, c’est là qu’il y a le plus de lumière. Ça m’arrive souvent de travailler à cet endroit et on mange tout le temps à cette table.

Depuis le confinement, on repère les oiseaux qui viennent. La fenêtre est plein sud, mais il y a les arbres : en hiver, il y a beaucoup de soleil, l’été, on a l’ombre. C’est une partie qu’on appelle le balcon, les murs sont tellement épais que ça forme une alcôve. C’est notre coin privé. De l’autre côté, c’est plus le jardin quand on reçoit.

 

A cette fenêtre, je regarde les choses proches et de temps en temps je regarde loin, il y a ce deuxième horizon : on voit un vieux manoir, de très beaux arbres, et il y a deux vaches que j’ai redécouvertes. Quand je regarde au loin ça veut dire que j’ai un peu plus de temps, ce sont des temps différents, j’ai du temps pour laisser aller le regard sans être préoccupée par quelque chose de proche. C’est du temps de contemplation entre le lever et le moment où on commence la journée de travail. Le deuxième horizon on ne le voit pas toujours avec le brouillard. Thomas a relevé la couronne : il a coupé les branches basses des arbres pour laisser passer la lumière.

Lorsqu’on ouvre la fenêtre, les odeurs changent tout le temps, on sent beaucoup le végétal, la cheminée en fonction des vents ça retombe. Le végétal avec une toute petite odeur de bois brûlé, c’est agréable. 

 

Dans mon travail, la fenêtre, en général, c’est un axe de réflexion, l’orientation, le format, l’usage. C’est toujours un passage des vues que tu ouvres. Ici dans un cadre privé, avec des limites lointaines, tu réfléchis plus à l’endroit où tu veux donner des vues. Cette fenêtre, elle n’est pas une limite. C’est plus une séparation entre l’intérieur et l’extérieur qui reste fluide.

J’aime bien les grandes baies fixes que tu ne peux pas ouvrir, qui donnent juste à voir. C’est un cadre sur le paysage plus qu’un accès. Celles-ci sont plus méditatives. Les grandes baies fixes qui ouvrent sur un paysage que tu veux mettre en valeur, c’est un usage totalement différent d’une porte que tu peux ouvrir.

 

J'aime beaucoup les fenêtres dotées de grosses tablettes en bois sur lesquelles on peut s’asseoir, des niches avec vue, des alcôves. J’ai toujours aimé m’installer sur les rebords de fenêtres, pour lire par exemple. J’ai vécu mes 20 premières années en appartement, la fenêtre, c’était la connexion avec l’extérieur. Par exemple, j’adore voir les phares qui passent par les fenêtres et se projettent sur le plafond.

 

Cette fenêtre, j’aime m’y installer le matin, le début de la journée avec la lumière du soleil levant, les premiers et les derniers rayons du soleil sont les plus beaux.

Trois mètres plus loin, il y a une porte fenêtre, on n’y va jamais. La nôtre a un côté pratique et maintenant c’est une habitude. On l’a apprivoisée. Je l’ai découverte, c’est nous qui avons fait le trou dans le mur; au début, elle bloquait, elle n’ouvrait pas bien, les meubles devant, ça n’a pas arrêté de bouger jusqu’à avoir un fonctionnement parfait. On a fait 5 ou 6 tentatives, installations différentes : la table, le canapé, rien, les plantes… et on a trouvé.» 

 

 

Anna, Villainville, rue de la ferme.

le 16 avril