"En appartement, ta fenêtre c'est le maximum, c'est ta limite"

" C’est la fenêtre du salon.

La maison est ouverte sur quatre espaces, un salon qui est dans la même pièce que la cuisine qui est dans la même pièce que le bureau, il y a le canapé, de quoi écouter de la musique. Les espaces se servent les uns les autres.

C’est la seule fenêtre ouverte sur le jardin, elle donne sur une terrasse qui est une pièce de vie; 6 mois dans l’année on peut s'installer sur cette terrasse couverte, on peut laisser une table, des sièges, laisser du linge sécher.

Derrière, ça donne sur une ruelle, les fenêtres ont des barreaux, elles laissent moins place à la vie.

 

Là, il y a le soleil, en biais, qui éclaire le mur à droite, ça fait une belle lumière.

Il y a l’odeur des plantes, de la poussière chaude sur le bitume quand la pluie tombe je ne sais pas pourquoi ça sent ça. Il y a une route au loin qu’on entend, beaucoup moins en ce moment, une station service, on entend un pssssshhhh surtout la nuit, on dirait quelque chose qui dépressurise... et quelques rares oiseaux.

 

Dans un appartement, la meilleure vue, c’est de la fenêtre. Et ta fenêtre, c’est le maximum, c’est un peu tout ce qu’on a, tous les angles, toutes les vues possibles on les connaît, on les exploite à fond. Mais tu ne peux pas en bouger, c’est ta limite. Pour sortir, c’est plus long, tu descends tes 8 étages et en bas, tu es encaissé, ton regard est coincé. En maison, tu peux sortir, aller sur la terrasse, monter à l’étage, ou dans un arbre, la vue change, mais on y est moins attentif.

 

L’été, on ferme les volets pour la chaleur, la nuit aussi, mais ça ne change pas fondamentalement la pièce. Peut-être que c’est de savoir que le derrière reste accessible? En appartement, quand on fermait... on fermait, on se sentait plus enfermés. Quand on ouvrait, ça libérait. Là, on sait aussi que quand on ouvre les volets, il n’y a pas de perspective plus profonde.

 

Avec le confinement, on est dans la maison, le jardin, on occupe plus ces espaces, on trouve d’autres perspectives.

Je n’y suis pas si souvent à cette fenêtre, c’est un axe, un passage : les verres, les plats, les bouteilles, la musique transitent par là.

La fenêtre est au milieu… elle est au centre de la maison.

 

Le confinement fait qu’on vit plus dans la maison. On creuse, mais à proximité. J’ai grandi dans le coin et je découvre des endroits que je n’avais jamais vus. J’approfondis. J’exploite ce que j’ai sous la main. L’état d’esprit change : tu ne vois pas les choses sous le même angle, tu attends la suite, qu’est-ce qui va sortir de cette expérience ? Quelles réponses a-t-on envie d’apporter, sur notre façon de vivre, de consommer, de travailler … ? J’étais déjà dans ces questionnements, ça les renforce.

Il y a eu de l’angoisse et assez vite, tu te dis qu’il y a moyen... aller vers quelque chose de plus simple. Ça accentue le questionnement, mais tant mieux. » 

Léo, Marseille, rue du 11 novembre.

le 2 avril